Pourquoi la chaux, et jamais le ciment, sur un mas

Si vous possédez un mas, une bastide ou une maison de village, une seule question détermine la santé de vos murs pour les cinquante prochaines années : de quoi est fait leur enduit ?

Un mur ancien est un mur qui respire

Les murs de nos campagnes n'ont pas de rupture de capillarité, pas de membrane, pas de vide sanitaire. Pierre, moellons, galets, hourdés à la terre ou à la chaux : ils sont posés sur le sol, et le sol est humide. Cette humidité monte dans le mur — c'est normal, c'est ainsi qu'ils ont été conçus. Le système tient parce que l'eau ressort aussi vite qu'elle entre : elle s'évapore par les joints et par l'enduit, au rythme des saisons. Un mur ancien en bonne santé est un mur qui sèche en permanence.

L'enduit à la chaux est la peau de ce système. Il est perméable à la vapeur d'eau : l'humidité le traverse et s'évapore. Il est souple : il accompagne les micro-mouvements d'un mur qui vit. Et il est sacrificiel : c'est lui qui s'use à la place de la pierre, et c'est lui qu'on refait — une couche de badigeon tous les dix ou quinze ans, et le mur repart.

Ce que fait le ciment

L'enduit ciment, généralisé à partir des années 1950, fait exactement l'inverse. Il est quasi étanche à la vapeur : l'humidité qui monte du sol ne peut plus sortir. Alors elle monte plus haut — il n'est pas rare de voir apparaître de l'humidité à un mètre cinquante dans une pièce dont le mur a été cimenté côté rue. Elle se concentre derrière l'enduit, où les sels qu'elle transporte cristallisent en poussant. Elle s'attaque aux joints de terre, au gel l'hiver. Le résultat se lit sur des milliers de façades du Var : l'enduit ciment cloque, sonne creux, se décolle par plaques — et dessous, la pierre s'effrite, parce que c'est elle qui est devenue la couche sacrificielle.

Le ciment n'est pas un mauvais matériau : sur une dalle, un ouvrage neuf en blocs, il est à sa place. Sur un mur ancien, il étouffe exactement ce qu'il prétend protéger.

Les signes qui doivent alerter

Des cloques ou des plaques qui sonnent creux sous les doigts · un feutrage blanchâtre en bas des murs (le salpêtre — les sels qui ressortent) · de la peinture qui s'écaille toujours au même endroit · une odeur d'humidité persistante dans les pièces basses · un enduit gris foncé très dur, posé dans les décennies passées, sur une maison bien plus vieille que lui.

Ce qu'il faut faire — et ne pas faire

Ne recouvrez jamais un problème d'humidité : ni enduit « d'assainissement » miracle, ni peinture étanche — vous déplaceriez le mal plus haut. La démarche juste : piquer l'enduit ciment, laisser le mur sécher — plusieurs mois, parfois une saison entière — puis ré-enduire à la chaux, avec un mortier adapté à l'exposition et à la nature du mur. C'est un travail de patience plus que de force, et il change la vie d'une maison.

Chaque projet que nous concevons commence par cette lecture des murs — c'est le premier regard de la visite de faisabilité.

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